IMG_3978

 Autant le dire tout de suite, pour ceux qui aiment bien les happy-end... la fin n'est pas celle espérée... Bon maintenant que ça c'est dit, on peut y aller...

Pré-inscription en décembre, validation en janvier, course fin août... c'est peu dire qu'une course de l'UTMB, quelqu'elle soit, rythme au moins 8 mois de votre année !!

Pour moi, cela sera la TDS, sur les Traces des Ducs de Savoie, 119km et 7200m de D+. Pourquoi : parce que c'est encore la seule à ne pas avoir besoin du tirage au sort pour faire partie des heureux élus... et comme je ne suis pas patient, le choix était tout fait !!! Mais je suis tout de même conscient que c'est l'une des plus dures (voire la plus dure) de la semaine de l'UTMB et surtout LA plus dure à laquelle je ne me suis jamais inscrit depuis mes débuts dans la discipline (Eco Trail, Templier, The Trail Yonne) !!! 

 

Profil

 

Comme d'habitude, j'ai privilégié l’entraînement croisé entre la course à pied et le vélo. Sauf que là, c'est pas comme d'habitude... j'ai donc fait 2 mini week-end choc sur place, mi-juillet, pour faire du dénivelé et repérer une partie du parcours... au total, 70km et 5500 à pieds, 200 et 5000 en vélo...

 Après une semaine avec des amis en provence, nous arrivons en famille, avec mes enfants et mes parents,  à Vallorcine le samedi précédent... en famille ou presque puisque Sandrine, ma femme chérie, est remonter sur Paris pour participer aux Championnat de France 3ème série de Tennis... à Roland-Garros... Elle nous rejoindra dimanche en fin d'après-midi, après sa défaite en 32ème de finale...

 Mardi, nous descendons à « Cham » pour la récupération du dossard. Je suis stressé... Sandrine le voit bien en tente de me rassurer...

La vue depuis Chamonix

 

La fin de journée sera consacré à la préparation du sac de course, du sac d'assistance, du calcul des heures de passages. Dodo, ou plutôt tentative de dodo, vers 21h...

 

 

IMG_3980

 

IMG_3977

 Mercredi 26 Aout, 3h, le réveil sonne.. Dur d'avaler quelque chose mais bon...A 4h, je me dirige vers le bus que me conduira à Courmayer. Il y a un peu plus d'une heure de route pendant laquelle je tente de finir ma nuit…

 Je finis de me préparer et me présente sur la ligne vers 5h40... j'ai mal au bide... mais je ne pense pas être le seul !!!

 6h : c'est parti... les 2-3 premiers km sont roulants, en ville puis assez vite, la pente se cabre pour nous mener au Col Chécrouit (km7, 1956m) via des pistes de ski...Je monte au train, sans les batons pour l'instant... Petit verre d'eau au passage du col et on poursuit vers l'Arête du Mont-Favre au km12... Il fait frais mais le mal de ventre est passé, et les jambes semblent répondre c'est cool...

Après une petite descente, c'est le 1er ravito qui arrive, au Lac Combal (km15, 1970m)... 1ère erreur : je ne fait le plein que des 2 flasques que j'ai devant, soit 700ml, persuadé qu'il y a un point d'eau d'ici le Petit St Bernard... et ben non !! Ca fera donc 20km comme ça !!!

Km20, nous passons le Col Chavannes (2592m) après un dernier km très dur... et puis c'est parti pour 10 km de descente, pas technique pour un sou !!! Elle passe bien, j'essaie d'être le plus « aérien » possible pour éviter que cela ne tape trop dans les cuissses... J'y arrive pas trop mal...

 En bas, il n'y a donc pas de point d'eau et nous revoilà en train de remonter vers le col du Petit St Bernard (2188m)... Rien de bien super méchant, à part les 200 derniers mètres de D+, le long du Lac du Verney... Physiquement, ça  à l'air d'aller mais dans la tête, je ne suis pas du bon côté de la force... Je ne panique pas pour autant car ça me fait souvent ça au début d’une course longue (EcoTrail 80, Templiers...).. sauf que là, on a largement passé le début L

 Au sommet, nous sommes au km36 et nous avons déjà avalé 2200m  de D+. Je prends mon temps au ravitaillement... Même si cela ne fera que descendre vers Bourg St Maurice, je fais le plein de la poche à eau pour tenter de récupérer mon déficit des 20 derniers km... et je prends la décision de ne surtout pas forcer dans la descente pour ménager mes cuisses et l'organisme tout entier car ce qui nous attend après Bourg, c'est du costaud (je connais) et il va faire chaud !!!

 J'arrive au ravitaillement de Bourg (km50) vers 15h et j'y retrouve Sandrine et Papa... Sandrine s'occupe de moi... Mes pieds commencent déjà à chauffer et je renforce les protections que j'avais mis au départ... Alors que j'y avait penser pendant la descente, je ne change finalement pas de chaussure et reste avec mes XT5 (alors que mes Asics me tendaient les bras)... ai-je eu tort ? On ne le saura pas !!

Ravito de Bourg St Maurice... je savoure encore

 

 Physiquement en revanche, ça va (enfin je pense)... je repars chargé d'eau comme une mule, au moins 2 litres.... Il faut dire que nous attaquons la partie la plus difficile ; 2000m de D+ en à peine 10km !!!

 Je connais cette montée et elle se passe plutôt très bien jusqu'au Fort de la Platte (km56, 1976m) ...peut-être trop bien d'ailleurs. J'y fais un pause, refait le plein de la poche eau avant de repartir vers le Passeur de Pralognan (2587m)... C'est un peu plus dur mais je constate que les coureurs autour de moi sont toujours les même...donc...

 Les premiers hectomètres de la descente sont très pentus, dans les pierres. Des guides de haute montagne sont d'ailleurs présents pour sécuriser la zone !!!

 La suite de la descente est plus facile mais mes pieds commencent à souffrir et j'ai du mal à courir...non, en fait ça me fait super mal !!!

Je sens que le moral flanche un peu, je me dis que je ne pourrai pas aller au bout dans ces conditions... je rejoins le Cormet de Roselend (km66 et 4600m de D+ depuis le départ) en presque 6h, contre 3h30 lorsque j'étais venu en reconnaissance...) et... Sandrine et Papa sont là !!! Ce n’était pas prévu… je craque un peu mais ça fait un bien fou !!!

 

DSC_7722

DSC_7728

DSC_7733

DSC_7734

 Au ravitaillement, je récupère mon sac de délestage et me change pour passer la nuit...je mange aussi (pâtes surtout)... Je ne m’occupe pas de mes pieds, peut être de peur de ne pas pouvoir remettre les chaussettes après, peut-être aussi par manque de lucidité..

 Toutefois, lorsque je repars, j'ai repris des forces et le mental semble revenu... en tout cas, j'ai moins de pensée négative lorsque la montée vers le Col de la Sauce se présente... On sent que le rythme baisse mais quoi de plus logique !!! En haut, à 2300m, c'est parti pour la descente... Pas très technique malgré quelques pierres mais très glissante... je tombe un fois, manque de tomber une bonne dizaine d'autre fois... J'arrive à garder le contact avec un petit groupe jusqu'au Passage du Curé, très empierré... Là, cela redevient dur car mes ampoules au talon commencent à bien me lancer... Je fais une pause à la Gitte, en retirant mes chaussures... Cela commence à devenir dur physiquement... Nous en somme à plus de 17h30 de course, 75km et 500m de D+…

 Je repars en direction du Col du Joly... la montée se passe ...comme elle doit se passer à cette heure avancée de la nuit... C'est une fois au Col Est de la Gitte (2322m), là-haut, que cela se complique sérieusement !!!  La descente est assez technique  (de mon point du vue), mes ampoules me font mal, très mal et la moindre aspérité sur le chemin devient douloureuse… on aperçoit le refuge du prochain ravitaillement … mais aussi le détour par ce que l’on appelle la "Grande Pierrière" qu'il va nous falloir faire pour y arriver... Cela devient vite un calvaire, j'ai mal, des frontales reviennent 1 par 1, voir 10 par 10 sur moi pour me passer et s’éloigner dans la nuit.. inexorablement... C'est à ce moment là que la tête a laché je pense... je préviens Sandrine par tél que je risque de bâcher au Col du Joly... elle essaie de me persuader que non, que le point d'assistance des Contamines n'est que 10km plus bas... Je lui dit que je la rappelle une fois au Col mais je pense que ma décision est prise...

 J'arrive au ravitaillement du Col du Joly (km86, 1989m) vers 4h00. Je me restaure, je me pose 5, 10' et puis je prends la décision : Stop !! J'en informe les bénévoles...c'est fini... Je rejoint un 4x4 qui me descendra aux Contamines ou j'attendrais que Sandrine et Papa arrivent pour m’engouffrer dans la voiture et... dormir...

 La suite de la journée sera faite de dodo et...de larmes... Pas besoin de le cacher, ça fait mal, très mal

 Qu'est ce qu'il m'a manqué ? Je ne sais pas... Je ne pense pas avoir trop tirer sur la corde pendant l'entraînement (même si plus de repos n'aurait pas fait de mal, n'est-ce pas Laure?), j'ai bien relâché les 2 dernières semaines... Diététiquement, c'était nul...mais ça, c'est pas nouveau et je n'étais pas loin d'un poids que je considère comme idéal pour moi quand on est parti...Pendant la course, et avec un peu de recul, je pense ne pas avoir assez bu ni manger... je n'ai pourtant pas ressenti de manque mais je suis sur que ce n'était pas assez...  Quoi  d'autre? Je pense que mentalement, j'ai un peu (trop) douté devant cette épreuve hors norme (la première en haute montagne avec un tel dénivelé pour moi, et pas n'importe laquelle je concède là peut être un peu de présomption de ma part)...Sandrine ne m'avais jamais vu aussi tendu avant une course, même avant Les Templiers l'année dernière qui était mon 1er vrai « truc ».. . Prendre le dessus sur la 1ère partie de la course (au Petit St Bernard puis au Cormet de Roselend) m'a sans doute bouffé pas mal d'énergie mentale et quand il a fallu que la tête prenne le relais du physique (ce qui est normal sur un ultra), elle n'a pas pû...

 Depuis, j'ai repris le dessus (enfin de crois, j'essaie), j'ai relativisé, j'ai lu de nombreux messages qui me sont parvenus et j'ai écouté les conseils d'un « Monsieur » qui m'a donné quelques conseils précieux pour bien analyser ce qui n’a pas été et pour mieux aborder cette course à l'avenir... ah oui parce que j'ai dores et déjà décidé de revenir !!!!