Nous y voilà donc… 4 ans que, quelque part, j’attends ce moment, depuis que j’ai découvert la discipline et les superbes images de cette balade autour du caillou…1

Tout n’a pas été facile cette année… douleur au genou latente, grosse activité pro avec travail en décalé les 2 semaines avant la course, pas évident pour bien récupérer…du coup, j’ai l’impression de ne pas avoir fait une préparation tip top, malgré 2 gros week-end sur place en Juillet… 2017 est d’ailleurs ma plus petite année (en volume global,  Vélo + Cap) depuis 2014… Mais bon, c’est autant de la tête que dans les jambes que cela se jouera… et comme je suis prêt à en découdre, je ne stresse pas trop à l’approche du 1er septembre…

Nous arrivons sur place le Mercredi avec Papa et Maman Louisette… Sandrine nous rejoindra en cours de course, rentrée scolaire oblige… Nous logeons aux Contamines, à, quelques centaines de mètres du 1er poste d’assistance… cela permettra à la Team de rentrer dormir la 1ère nuit, toujours ça de pris…

Il fait encore beau mais les prévisions commencent à être vraiment mauvaise pour la suite… Wait and see.. Prévision confirmées le lendemain quand nous descendons à Chamonix récupérer le dossard… il flotte… les derniers arrivants de la TDS sont trempés jusqu’aux os… L’OCC, elle, va se couvrir entièrement sous la pluie… Nous ne traînons pas trop en ville du coup, pas la peine d’attraper froid à 24h du départ

Tient en parlant de froid… je reçois en début d’AM un texto de l’organisation qui nous annonce une très forte chute des température à partir de Vendredi soir et que la décision du maintien du parcours original sera prise le lendemain 7h… Merde…

Retour au chalet et préparation du matos… Mes affaires de course d’abord avec l’agencement du sac (au fond ce qui ne servira pas… ou peu… ou tard, à portée de main ce qui sera utilisé rapidement (frontale, veste de pluie…)2

Puis, c’est la préparation des sacs d’assistance… J’ai prévu 3 gros sac avec tout ce qu’il faut pour me changer et soigner les éventuels petits bobo pour les poste des Contamines, de Courmayeur et de Champex… des plus petit pour Trient et Vallorcine…  Mes parents assureront le 1er poste aux Contamines puis Sandrine les rejoindra à partir de Courmayeur…

Un plat de patte plus tard, je me couche une dernière fois dans un vrai lit avant dimanche soir 

Vendredi, je me réveille à 08h… je regarde mon tel, pas de message de l’organisation… ils réfléchissent encore… est-ce bon signe ou pas… je n’ai qu’une hantise, qu’ils nous « empêchent » de passer de l’autre côté… mais je mets à leur place… ils s’apprêtent à lancer 2400 bonhommes à plus de 2500m d’altitude et des températures ressentie annoncées de -9°C…

Du coup, comme j’avais tout préparé hier, je passe la journée… à tourner en rond et à tenter de me repose… vers 13h de mémoire, j’apprends sur Facebook que le parcours est maintenu, à l’exception des passages aux Pyramides Calcaire et à la Tête au Vent.. cela va nous enlever 3-4km et 300-400m de D+ au max… Ouf…

Nous partons pour Chamonix pas trop tard, histoire de trouver une bonne place pour se garer et permettre à Papa et Maman de rentrer rapidement aux Contamines…

Je me prépare cool… crème anti-frottement un peu partout, baume du tigre sur mon genou, bandage préventif sur les pieds, remplissage des gourdes… tient, y’en a une qui fuit… Direction Ravanel Sport pour en racheter une, à 1h du départ…

On se rapproche ensuite de la place du Triangle de l’Amitié… A 45’ du départ, mes parents partent de leur côté pour me laisser me concentrer… pas besoin de parler beaucoup dans ces moments là… les regards suffisent… A tout à l’heure…

Il fait encore bon et je profite vraiment du moment… et puis, la musique et la voix de Ludovic «The Voice » Collet nous font comprendre que ça approche… Je fais le vide, me recentre sur moi-même encore plus que d’habitude… C’est ton moment, ton rêve, alors vis-le mon gars !!! Putain, je vais prendre le départ de l’UTMB…

18h30, c’est parti pour une grand et beau voyage, porté par la musique de Vangelis et par une foule énorme autour des barrières... C’est absolument magique, tout le monde crie, tape des mains, tape dans nos mains, nous encourage…

Je quitte la ville pour un large sentier en balcon au-dessus de l’Arve… Les François, Kiki, Xavier et autres costaud sont sûrement loin déjà.. Les 8 premiers km m’emmènent facilement aux Houches… je saute le point d’eau et attaque la montée au Délevret par le Col de Voza… je sors les bâtons et rentre dans la gérance…  la montée n’est pas dure mais ne pas s’enflammer… il reste juste un peu plus de 150km de course 

Au sommet, la nuit … et le brouillard tombent… vous y rajouter une frontale et mes lunettes et je n’y vois rien… arrive la 1ère descente…facile, j’essaie de prendre un rythme en faisant attention à ne pas taper dans les cuisses (je sais que cela va être mon point faible, je ne suis pas descendeur et je n’ai pas la musculature adaptée)…

J’atteins St Gervais à 21h37, déjà plus de 3h de course… tout va bien… je fais le plein d’eau rapidement au ravitaillement, j’attrape 2-3 bricoles à manger et je repars… Oui parce que je vous ai pas dis, j’ai élaboré une "taquetique"… sans me mettre dans le rouge, je souhaite ne pas trainer sur la 1ère partie de la course pour avoir un maximum d’avance sur la barrière horaire à Courmayer et y faire une « grande pause »… ensuite, cela sera advienne que pourra… Je repars donc de St-Gervais avec un formage et saucissons dans les mains…

Direction les Contamines avec presque 500m de D+ en 10 km, rien de bien difficile… pas de douleur au genou (c’est psychosomatique ça, j’en suis sûr), ni ailleurs d’ailleurs…

A 2 km des Contamines, je préviens Papa que je suis bientôt là… je n’ai pas trop de mal à le repérer et surtout je trouve une place assez vite… il est 23h30 environ…  Je me change et me prépare à passer la 1ère nuit dehors.. .pour l’instant, je n’ai pas l’impression qu’il fait froid mais les températures vont chuter et nous allons grimper à 2 reprise au dessus de 2400m d’ici le levée du jour, donc je m’équipe... je n’ai pas enfilé la veste mais elle est à portée de main… je mange vite fait mais bien fait avant de repartir… sans oublier d’aller faire un bisous à Maman.. Elle me dit que Sandrine est presque arrivée aux Chapieux… Allez, à demain à Courmayeur !!

L’ambiance est super sympa entre les Contamines et Notre-Dame de la Gorge… C’est cool… mais passé cette magnifique chapelle, les choses sérieuses commencent… direction de Col du Bonhomme… Le départ est pentu mais ça se calme assez vite jusqu’à La Balme… Là, je bois ma première soupe … et j’enfile ma veste car ça commence à cailler… La 2nde partie de l’ascension est plus raide et le brouillard nous rend de nouveau visite sur le haut… Je connais un petit peu le secteur, je ne suis donc pas surpris que cela continue à grimper après le passage au Col… En revanche, on n’y voit pas grand-chose dans un savant mélange de neige, vent et brouillard… Arrivé au refuge de la Croix du Bonhomme, à 3h du matin, je préviens Sandrine qu’il me reste 5km de descente pour rejoindre les Chapieux… mon texto n’arrivera jamais… J’avais reconnu cette descente mi-juillet… il ne faisait (déjà) pas beau mais il faisait jour… alors là de nuit, prudence, sous peine de finir avec une cheville en moins (hein Dominique?)… Prudence… donc après 2 chutes, je change de frontale pour en mettre une plus puissante et enfin voir où je pose mes pieds… J’aperçois le petit hameau de Chapieux en contre-bas et, au loin, les frontales des coureurs qui repartent déjà en direction du Col de la Seigne…

 

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J’atteins les Chapieux peu après 04h et je repère Sandrine tout de suite, emmitouflée dans 3 plaid et 2 pulls !!! Je me restaure (soupe, saucisson, fromage, orange…), refait le plein et la rejoint… on prend le temps de parler 5’ puis c’est déjà l’heure de repartir…Elle ne sait pas si elle va aux Contamines rejoindre mes parents au chalet où si elle file direct à Courmayeur… Moi, je sais ou je vais… direction l’Italie via le Col de la Seigne… J’entre dans un secteur de la course que je connais pour en avoir fait le repérage en Juillet ou y avoir déjà couru, en sens inverse, lors de la TDS l’année dernière… Y’a pas à dire, c’est plus facile quand on connaît (je m’en rendrai compte plus tard), surtout que j’attaque la partie la plus sauvage du parcours…ce qui n’est pas pour me déplaire…

Je grimpe toujours en mode gérance.. 10km d’ascension, ça peut user un bonhomme… On sent que les températures ont chutées mais je n’ai pas froid…je suis bien et je crois me souvenir m’être dis à ce moment là que j’étais dans la « zone »... heureux d’être là, en forme comme on pourrait l’être à 5h du matin, au bout de 55km de course à plus de 2000m d’altitude… je kiffe en fait… Bientôt les première lueurs du jour percent sur les sommets au dessus du col… et la neige fait son apparition au sol… j’ai eu de la chance, elle a du tomber avant mon passage… et moi, dans la montée, je n’ai rien au… ou alors je ne m’en rappelle absolument pas… Je passe le Col (2515m) à 07h00 avec le soleil levant et quelques coins de ciel bleu… Ca pèle quand même et je ne m’arrête pas en haut pour attaquer immédiatement la descente (c’est ici que le secteur des Pyramides Calcaire a été retiré)… toujours en forme, j’atteins le ravitaillement du Lac Combal à 07h45… je reconnais les paysage de la TDS et ça réveille des souvenirs…

Comme prévu dans la taquetique du gendarme, je ne tarde pas (plein d’eau, soupe, saucisson et fromage) et hop, en avant Guingamp, en passant par l’arête du Mont-Favre… je l’avais descendu l’année dernière.. et bein, j’ai préféré… une belle petite vacherie à monter… par contre, une fois la haut (2350m), quelle vue… Il est 09h, je me pose 5’ pour manger quelques cahuètes… et profiter de la vue… mais bon, on est pas venu pour bronzer donc hop, direction Courmayeur… La descente vers les Col Chercrouit est facile mais je sens une ampoule qui commence à arriver sur l’arrière du pied gauche.. du coup je me crispe un peu et les cuisses trinquent… A Maison-Vieille, je prend le temps de mettre un compeed même si Courmayer n’est qu’à 5 km de descente.. pas de risque… La descente est assez technique (pour moi) mais je suis content de moi…

Je traverse Dolonne et arrive au Centre des Sports de Courmayeur à 11h00, soit après déjà 16h30 de course… Je récupère mon sac de délestage (que j’ai utilisé plus pour soulager mes parents du poids qu’autre chose ) et me dirige vers la zone de ravitaillement… je repère Sandrine et mes parents qui se sont rejoint ici finalement… Cela a permis à Sandrine de se reposer dans la voiture, en mode camping... je n’aurai jamais cru que ça arriverait un jour ça !!!

Papa et Maman ne peuvent pas rentrer… ils vont rester 1h à nous attendre dehors… Avec Sandrine, nous avons trouvé un coin de table pour nous poser… Taquetiquement, je suis dans ce que j’avais plus ou moins prévu… J’ai 2h d’avance sur la barrière donc un check-up complet est au programme: je me change entièrement (ou presque), je mange, je bois, je récupère et je prends soin (euh, Sandrine en fait…) de mon ampoule… pas bien méchante mais sous la corne donc pas évidente à percer (bon d’accord, je vous passe les détails)… Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais mis dans mon sac de délestage ma vieille paire de Asics Trabucco 4, qui m’avait porté toute la saison dernière, notamment sur la TDS, sans une seule ampoule… du coup, nous prenons la décision de bien refaire tous les pansements préventifs, en insistant un peu plus sur cette ampoule, et de repartir en Asics… Allez hop, chapitre « pieds » terminé jusqu’à l’arrivée !!4

Il a l’air de faire bon, du coup de repart en court… avant que la pluie ne se mette à tomber dès ma sortie du Sport Centrum… bon bah, k-way... Je fais la bise à tout le monde car c’est parti pour un long moment sans les voir (40km)… Je repars après 1h d’arrêt au stand… et c’est dur de s’y remettre… mais le soleil arrive alors tout de suite, ça booste et c’est parti pour l’ascension vers le refuge Bertone… J’étais venu en juillet mais j’avais 0 km au compteur lorsque je l’avais fait… inutile de vous dire qu’aujourd’hui ce n’est pas la même cadence… J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à grimper d’un bon rythme.. pas de douleur mais les muscles demandent du préchauffage après la pause de Courmayeur.. J’atteins Bertone à 13h32, soit à la même heure à laquelle François arrive à Chamonix pour remporter la course !!! Moi, je suis à mi-course… bon, bah, on va y aller là, c’est qu’on est pas d’ici…

Entre les refuges Bertone et Bonatti, il y 7km quelques peu roulant… et c’est donc sur cette portion que je me rends compte que ça va être long car j’ai beaucoup de mal à relancer pour me mettre à trottiner… du coup, j’alterne marche et course sur le plat, marche dans les montées… et de plus en plus souvent dans les descentes car les cuisses commencent à chouiner ! Mais mentalement, ça va… je ne doute pas en ma capacité d’aller au bout sans gros bobo…

A Bonatti, le temps se gatte franchement… la neige fait son apparition… du coup, alors que je ne devait que faire le plein des flaques, je fais un vrai stop pour m’équiper : k-way (que j’avais retirer juste après… l’avoir enfiler à Courmayeur), bonnet, capuche, gants… Et qui je vois arriver :   Apostolos Teknetzis… je suis content de pouvoir le saluer… nous ferons quelques km ensemble entre ici et la Giette, avant que je faiblisse vraiment… On se revoit à l’UTMM Apos ?!

En mode pingouin donc, je prends la direction d’Arnouva, au pied du Col Grand Ferret, qui sera le point culminant de la course après la suppression des Pyramides Calcaire…

La descente est, comment dire… glissante, boueuse, savonneuse… difficile de garder ses appuis mais bon, ça le fait… sous la tente du ravito que j’atteins à 16h45, impossible de trouver une place… alors que je dois me changer pour affronter la neige, le vent et les -9°C annoncé en haut du Col… Tant pis, je vais faire ça à l’arrache… dehors... me voilà donc en slip-chaussettes à l’extérieur de la tente pour mettre mon collant et mon sur-pantalon... il doit faire 6-7°C je pense…

Je repars d’Arnouva en compagnie d’Apos et nous voilà prêt à affronter les éléments sur la montée du Col… Les premières rampes, vers le refuge Elena sont très raides. Après un léger replat au niveau du refuge, nous attaquons le col a proprement parlé… Personne ne parle, tout le monde a la tête rentrée dans les épaules et surtout dans la capuche pour ne pas laisser la neige rentrer… Je prend une petite pause pour manger (j’ai pas pris grand-chose à Arnouva) et je laisse mes compagnons de file indienne s’enfoncer dans les nuages… A ma grande surprise, le sommet arrive assez vite et je n’en ai pas tant ch… que ça… Je ne m’arrête pas au sommet, sous peine d’être congelé sur place… J’ai une pensée pour le pauvre bénévole qui sort de sa cabine aàchaque concurrent pour les flasher… Il aura bien mérité son verre de vin chaud.

Je ne m’arrête pas donc… mais je cours pas beaucoup non plus… et là, ça va être long… les muscles des cuisses (surtout le droit et le grand droit) crient famine et veulent poser un RTT… pas possible maintenant les chéris !!  Mais, je dois m’y résoudre, je ne courrai plus (ou plus beaucoup) en descente… et quand ça t’arrive dans la descente vers La Fouly, et bien, tu trouves le temps long…

La neige-pluie s’est arrêtée mais passé le petit hameau de La Peule, la pluie revient. Je crois que je préfère la neige !! La fin de la descente vers la Fouly se fera en mode luge… le chemin est tellement labouré par les tous les concurrents passés cette semaine (OCC, CCC et UTMB, soit au moins 4000 personnes) qu’il m’est impossible d’assurer ne serait-ce qu’un seul appui. C’est holiday on Ice !!! Si tu rajoutes, encore, l’obscurité de la nuit qui tombe (j’ai sorti la frontale) et les gouttes de pluie sur les lunettes, c’est Gilbert Montagné qui fait du ski !!

Enfin, le petti village de Ferret marque la fin de la descente et il ne reste que 2-3 km avant la Fouly… J’entends d’ailleurs la musique du poste de ravitaillement…

J’arrive à la Fouly à 21h00, j’ai déjà passé les 24h de course et je m’apprête à attaquer la deuxième nuit… mais avant, ravito et retrouvailles avec Sandrine et les parents… Mis à part les muscles des cuisses à l’agonie dans les descentes, je ne me sens pas trop mal… J’ai trottiné sur le « plat », j’étais pas si mal que cela dans le Col Grand Ferret… Je ne passe pas trop de temps au ravito (25’)…pas envie et tant que le physique et le moral sont bons, je souhaite garder un « maximum » d’avance sur la barrière horaire, surtout que j’ai l’impression d’avoir mis trop de temps à descendre et d’avoir « perdu » du temps. Je vais donc à l’essentiel : des vêtements chauds… et sec, à manger, à boire, le réconfort de Sandrine et de mes parents et me voilà, au bout de 20’, reparti dans la nuit noire et fraîche en direction de Champex…

Maman ne sera pas à Champex, elle a besoin de dormir et ira se reposer à l’hôtel à Martigny. Sandrine et Papa seront là, ils se reposeront entre les points de Champex et Trient.

Me voilà donc parti sur une longue portion presque entièrement bitumé… en regardant, après coup, la trace que l’UTMB avait mis en ligne en Juin et la route que l’on emprunte, j’ai l’impression d’un changement de tracé… ce qui pourrait expliquer que la barrière de Champex ait été avancée de 30’… Mais bon… je fais la connaissance d’un britannique, vivant en Australie, et nous allons alterner marche et course pendant un bon moment… J’en profites pour réviser mon anglais et lui son français… Ca change les idées car cette portion est franchement monotone !!

J’arrive bientôt à Issert ; ce qui veut dire que dans 400m de D+, cela sera le ravito de Champex… mais avant, il faut monter… et là, dès les premières pentes, je sens la fatigue monter… Je n’ai pas, à proprement parlé, de défaillance… je suis juste fatigué et forcément, le rythme s’en ressent. Mon ami l’Anglais est loin… j’ai l’impression que tout le monde me double. Ces 4-5km m’en semblent 20 tellement je n’avance pas... et là des hallucinations… Avec le ballet des frontales, tous les éléments (arbres, rocher, cailloux, feuilles) prennent des formes toutes plus loufoques que les autres. Allez, les deux qui m’ont le plus marqué : le Bibendum Michelin, avec des lunettes de soleil, assis sur un rocher à nous regarder passer… Dingue… et puis, un coureur qui est train d’en installer un autre dans une nacelle suspendue à une branche d’arbre pour qu’il se repose… Oups, va falloir que je prenne mes pilules… ou que je dorme !! Mais bientôt la musique du CP… puis les lumières de la ville et enfin, le ravito tant attendu…Je retrouve Papa et Sandrine et je lui dit, en y mettant mes derniers soupçon de lucidité,  qu’il faut que je me dorme. En même temps, vous me direz,  il est 00h40, je suis au km123 et j’en suis à 30h de course…

Avec Sandrine, on s’active donc à remplir les principales formalités (manger, boire, faire le plein, changer les affaires mouillées) et je m’allonge sur le banc pendant que Sandrine me masse les jambes… On se donne 15’ de repos… je n’ai pas l’impression d’avoir dormi mais j’ai fermé les yeux et tenté de faire le vide…

15’ plus tard, Sandrine me dit que c’est l’heure… Il est 01h30 et je repars… Statistiquement, celui qui passe Champex dans une forme certaine (voire une certaine forme…) a de grande chance d’aller au bout… je suis donc confiant quand je repars…

Papa et Sandrine font quelques hectomètres avec moi… et puis, un chemin, la nuit noire... et nos chemins de séparent… ils vont aller dormir un peu et moi je vais m’engouffrer dans cette forêt froide et humide… mais je n’ai pas de mauvaises pensées… j’y vais car c’est mon but, mon objectif et là bas, de l’autre côté de la montagne…

Ca repart doucement, en légère descente jusqu’au Plan de Lau… J’ai entièrement renoncé à alterner course et marche… je marche… le plus vite possible mais je marche… A Plan de Lau, la pente s’accentue un peu puis très franchement en direction de Bovine, à plus de 2000m… Ma petite pause semble m’avoir fait du bien… pas de bibendum en vue… je monte, en tout cas j’en ai l’impression, d’un meilleur rythme que tout à l’heure alors que la difficulté n’est pas du tout la même… mais cela me demande un effort mental énorme pour rester concentrer et empêcher que le rythme ne faiblisse...

Je n’ai pas reconnu cette portion et, je m’en rends compte, je n’ai pas suffisamment étudié le parcours… du coup, je n’ai pas de points de repère précis (altitude exacte des points hauts et des CP par exemple…) … et certaines parties me semblent longues car je me croyais, à tort, proche du but…

Passé Bovine, il nous reste que hectomètres de D+ à avaler avant de basculer… La pluie a cessé et le ciel s’est (un peu) dégagé… du coup, j’assiste à un joli ballet de frontales jusqu’au sommet… où je fais une petite pause miam-miam avant de me lancer dans la descente…

Je passe le CP de la Giette (km 135) à 05h15, après quelques centaines de mètres de descente… C’est une bergerie et à l’intérieur, le spectacle est incroyable : assis sur des bancs, dos contre le mur, une bonne vingtaine de coureur, les yeux fermés, se reposent... J’hésites… mais non… on verra à Trient qui n’est pas si loin.

Pas si loin en nombre de kilomètre parce qu’en temps, c’est interminable en marchant… l’impression de faire un marathon alors qu’il n’y a même pas !!!  Et la fatigue commence à revenir...pas d’hallucination mais beaucoup de mal a rester concentré... je suis en mode robot en fait… je suis programmé pour aller à Trient, donc je vais à Trient, en mettant un pied devant l’autre, à une cadence aussi lente que la vitesse à laquelle les informations arrivent à mon cerveau…c'est-à-dire presque à reculons…

J’arrive au Col de le Forclaz , le jour se lève... alors que je pensais être déjà à Trient (quand je vous dis que j’ai pas assez bien étudié cette partie du parcours…). Il me reste 2-3 km et surtout 250m de D- avant le CP6

J’arrive à Trient à pratiquement 07h du matin… j’ai donc mis 5h30 pour faire 16km !!! .. J’ai encore (ou seulement) 1h d’avance que la barrière… Pour un gros dodo, on verra plus tard… je pose quand même 5’ la tête dans le sac d’assistance pendant que Sandrine refait le plein des flasques…plein vite fait puisque je n’ai pratiquement rien bu sur cette portion de 15km… lucidité…5

Je repars après 30’,  un peu speed car la prochaine barrière semble un peu plus serrée que les précédentes… il faudra être reparti de Vallorcine à 11h15… d’ici là, un grosse montée à Catogne (2000m) et surtout une longue (pour moi) descente vers Vallorcine (1290m)..

Allez, hop c’est reparti… Je me persuade que je commence à tenir le bon bout, que passé Vallorcine, cela ne sera que du bonux… en même temps, au km140, y’a de quoi commencer à rêver de l’écurie (bon en attendant, c’est moi qui sent le poney !!!)

300m de plat et c’est parti pour la montée vers Catogne en passant par les Tseppes… Avec le jour, j’ai retrouvé un peu d’énergie et je grimpe pas trop mal… en fait, mon baromètre, c’est le nombre de coureurs qui me doublent…  plus y’en a, moins je vais vite (élémentaire mon cher Watson) et là, j’ai plutôt l’impression que mon rythme convient à la petite dizaine de gars qui reniflent mon derrière…

Je passe le CP des Tseppes à 08h40 et il ne reste que 150m de D+ pour rejoindre Catogne et surtout, un secteur que j’ai reconnu, ce qui sera un petit avantage…

Passé Catogne, j’attaque donc la descente, l’avant-dernière de mon périple… enfin, j’attaque ma deuxième séance de patinage pas du tout artistique de mon voyage… Un champs de boue pendant 2-3 km, avant de rejoindre les pistes de ski de Vallorcine... malgré un terrain plus sec et régulier, il m’est toujours impossible de courir… ou alors si lentement que cela n’en vaut vraiment pas le coup…

Sur le bas, j’aperçois Papa qui est venu à me rencontre… puis Maman puis Sandrine... Il est 10h45 et je dois être reparti d’ici dans 30’ maximum !!

Il fait beau et assez bon je trouve… je me change donc pour repartir en court… et la dilemme : mes affaires sont toutes sales et puantes et pourtant, le règlement dit qu’il faut avoir tout ça sur soi. Que faire ? Sandrine me dit de les lui laisser… je réfléchis (un peu…) et décide de ne pas tenter une élimination ou une pénalité… Je roule donc tout en boule et remet tout ça dans mon sac…

Je repars du CP à 11h01 et il me reste donc 01h15 pour atteindre le Col des Montets, à peine 4km plus loin… Honnêtement, je commence à savourer, je prends mon temps… je passe le Col avec 15’ d’avance mais… le CP n’est pas au col, il est au moins 1 km plus bas… et comme j’avance à la vitesse d’un escargot, je passe cet avant dernier CP avec 2 petites minuscules minutes d’avance sur la barrière…

Maintenant direction la Flégère… D’après ce qu’on m’a dit quelques hectomètres plus haut, ça monte pendant 7km jusqu’à 1900m d’altitude et puis ça descend jusqu’à Cham… Chouette… mais faux (mais je ne le sais pas encore)

J’attaque donc la montée la fleur au fusil, sur un rythme de sénateur… je fais mes calculs, il me reste 2h30 pour 600m de D+, sur une pente plus facile que la Tête aux Vents (que j’avais reconnu)… Finger in the nose… Tant est si bien qu’à 1700m, et avec encore 2h devant moi, je m’assois un moment pour manger un morceau et … profiter…

Quand je repars… ça descend…tient, bizarre… et pis, ça descend, ça descend… c’est autant qu’il va falloir remonter ensuite… Et puis, je regarde ma montre… le temps passe et l’altitude descend… putain, ça pue… Ca s’arrête enfin de descendre, je suis à 1350m d’altitude !!! Je croise un fille qui fait donne un cours d’escalade et je lui demande le temps qu’il faut pour monter à la Flégère… elle m’annonce « 01h30-1h40 mais ca dépend à quelle vitesse vous allez »… heu, comment dire, il faut que j’y sois dans 50’… la loose…

Et là, l’improbable se passe… un genre de truc qui te fais dire que le corps humain et le cerveau sont incroyables de ressources… plus aucune courbature !!!! et je me lance à bloc (bon, j’en suis à presque 44h de course quand même !!) et je reprends un à un des coureurs qu’y m’avaient dépassé dans la 1ère partie de la montée… je leur crie en anglais « we are late, we are late !!! » Je demande même à un gars qui court comme ça dans le coin, que j’avais croisé plus tôt, de me faire le rythme… Sensations énormes… entre le stress de ne pas arriver à temps et la sensation de presque voler que ces quelques 550m de D+ à avaler…

Je croise bientôt un randonneur… je lui demande combien de temps et il me répond « encore 250m de D+ »… je regarde ma montre, c’est bon, ça va le faire…

Enfin, je sors de la forêt et j’aperçois le CP, là-haut... je ne baisse pas de rythme pour autant bien que je ne cours plus car la pente est très sévère… Finalement, je passe le CP à 14h33, soit avec 12’ d’avance sur la barrière… C’est bon, je vais être finisher… Mais d’abord, il faut descendre et comment vous dire, mes courbatures sont revenues…et forcément plus fortes comme si mes jambes voulaient me faire payer ces quelques km à fond !!!

J’attaque la descente en essayant quand même de trottiner un peu… mais j’abandonne cette idée absolument stupide assez vite. Cette descente est très longue en marchant car pas très pentue… mais au moins, ça permet de commencer à prendre conscience que je vais y arriver… plus je descends, plus je croise des gens venus à notre rencontre, comme ça, pour nous encourager… 4 gars par ici qui font une hola, une fille par là qui m’encourage à trottiner même si c’est un supplice

Et puis, j’arrive en ville… je longe l’Arve, il fait enfin beau, j’ai une vue magnifique sur le Mont-Blanc, ce magnifique cailloux dont je viens de faire le tour, des barrières ont été disposées pour ne pas que la foule ne se jette sur moi (euh, là j’exagère un peu quand même  ). Puis le centre-ville… il y a énormément de monde (là c’est vrai !!), la plupart des gens t’applaudissent, t’encouragent, te tapent dans les mains… J’ai vraiment l’impression qu’ils sont aussi contents que moi de ce que je viens de faire…7

Et soudain, j’aperçois Sandrine… je n’ai même pas le temps de me jeter dans ses bras que j’éclate en sanglots… un moment que j’aurai voulu faire durer une éternité… mais j’ai une ligne d’arrivée à franchir quand même.8

Nous repartons tous les deux ensembles… je plane, je tape dans les mains de tout le monde… un dernier virage et j’aperçois l’arche… encore quelques mètres… et ça y est, je suis finisher de l’UTMB… putain, finisher de l’UTMB !!!

Je sens un bras m’aggriper… c’est Maman qui s’est frayé un chemin jusqu’à l’aire d’arrivée pour un gros câlin…et puis Papa arrive ensuite… Nous voilà rassembler ici, comme j’en rêve depuis 3 ans…

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Bref, un bon moment !!!!

Voilà, 1 mois que c’est fini… j’ai mis du temps à écrire ce CR… j’ai d’ailleurs hésité à l’écrire tout court car, même si rien n’aurait été possible sans ma super équipe d’assistance, c’est une aventure intérieure tellement forte, dans un environnement tellement grandiose, que j’ai presque eu envie de tout garder pour moi…

Et puis… et puis… l’écrire m’a permis de le revivre un peu et de combler un peu le vide que je ressens un peu depuis…

Je suis très content de la manière que j’ai géré mentalement... très peu de coup de moins bien, de bonne réaction quand cela arrivait (et en cela super bien aidé par Sandrine…). Physiquement en revanche… bon, mon genou m’a (étrangement) foutu la paix (les pouvoirs du corps humain je vous dis) mais les cuisses ont durcies un peu tôt (on va dire  95ème km) et j’ai énormément souffert dans les descentes… en même temps, pour un parisien qui n’a cumulé qu’une centaine de km en montagne sur un an, il ne fallait pas s’attendre à des miracles, surtout avec mon déficit de musculation dans les cuisses

Merci à vous tous qui vous reconnaîtrez, vous qui m’avez encourager avant, pendant et après...  Tellement de message, de « J’aime »…. Vous étiez avec moi et ça me boostait d’entendre les notifications de messages sur mon tel au fond su sac…

Merci à Papa et Maman de supporter aussi mes délires et d’avoir assurer comme des chefs depuis notre arrivée le Mercredi, jusqu’au 1er point d’assistance des Contamines… un bonheur… de 40 ans…

Merci à Sandrine de supporter mes délires et d’être la meilleure assistante de la terre… elle savait exactement ce qu’il me fallait à chacun de CP… un bonheur… de 20 ans

 

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